À Propos

ÉDITORIAL

Le plus beau film est un accident, un croc-en-jambe au dogme, et ce sont quelques-uns des films qui méprisent les règles, de ces films hérétiques, de ces films maudits dont la Cinémathèque française est le trésor, que nous prétendons défendre — Jean Cocteau.

Jean Cocteau avait son Festival du Film Maudit, Metz aura, dès 2016, son Festival du Film Subversif.
Le cinéma le plus beau à défendre est celui qui met nos sens en éveil, qui nous bouscule hors de notre zone de confort et bouleverse nos idées préconçues. À une époque où l’on associe bien trop souvent le 7ème Art à une simple industrie du divertissement, rappelons par un rendez-vous festif et édifiant qu’il est avant toute chose un mode d’expression artistique singulier et précieux. En sélectionnant au niveau international des longs et courts-métrages « subversifs » c’est-à-dire audacieux et forts de par leur contenu, leur esthétique ou le rapport qu’ils établissent avec le spectateur, c’est une culture cinématographique diverse et plurielle qui sera mise en valeur à Metz.

Le Festival du Film Subversif de Metz (FFSM) va permettre aux équipes artistiques invitées d’établir un rapport vivant avec le public notamment avec les plus jeunes spectateurs. Les artistes seront en mesure de défendre au mieux leurs oeuvres qui bénéficieront d’une diffusion réfléchie de qualité sur notre territoire. Projeter des films courageux et inhabituels dans un contexte militant servira l’incroyable dynamique culturelle existant déjà en Lorraine et en particulier à Metz, berceau de festivals d’Arts Vivants réputés. En collaborant avec les acteurs culturels locaux pour l’accueil des projections, ciné-concerts, master-classes et autres, en se décentralisant sur un axe transfrontalier Luxembourg-Thionville-Nancy et en effectuant un vrai travail d’information et de formation des différents publics, le FFSM, célébration du 7ème Art, constituera une action valorisante et fédératrice pour le territoire.

Le thème conducteur choisi pour cette édition inaugurale est « Sublimes Monstruosités », une expression oxymoronique pleine de tensions fondée sur deux notions fascinantes: celle du sublime et du monstre qui, une fois associées, ouvrent un champ fascinant d’exploration et invitent à reconsidérer notre approche de la réception artistique et du beau.

Le subversif: déranger pour émanciper.

Buñuel, Antonioni, Eisenstein, Godard, Oshima, Matsumoto, Fellini, Chaplin, Cocteau, Warhol, Arrabal, Fassbinder, Welles, Vadim, Bertolucci, Morrissey, Waters, Kubrick, Noé, Von Trier, Gallo… Elle est longue et interminable la liste des cinéastes irrévérencieux dont la préoccupation première a été de pousser toujours plus loin l’exploration de leur art. Libre et fort, leur cinéma se distingue par sa propension à expérimenter aux niveaux esthétiques, narratifs, et thématiques. Ils se défient des tabous et interdits, manipulent avec fougue l’annihilation des codes et des schémas bienséants puis redéfinissent et réinventent progressivement leur mode d’expression. Le festival donnera l’occasion de redécouvrir certains des chefs d’oeuvre de ces grands maîtres que côtoieront les espoirs de demain. Les longs et courts métrages sélectionnés en compétition constitueront en effet un échantillon des plus belles propositions contemporaines qui savent s’armer de subversion pour vitaliser un art au potentiel humain et social incroyable.

« Sublimes Monstruosités »: dans la contradiction la stimulation.

Dans le cadre de l’édition inaugurale du FFSM, la sélection des films se fera autour du fil rouge des « Sublimes Monstruosités », concept rempli de tensions qui devrait permettre de faire ressortir la capacité du cinéma subversif à nous effrayer tout en nous séduisant, à ouvrir notre esprit par la confrontation à d’inhabituelles beautés. Le « sublime » n’est pas synonyme du «magnifique » : Burke et Kant ont très bien parlé des sentiments ambigus de crainte, de vertige, de vénération angoissante qu’un observateur peut ressentir face à un spectacle naturel (paysages, catastrophes, etc) ou artificiel (peintures, films etc). Quant à la notion de « monstruosité » inutile d’insister sur son caractère éminemment subjectif (ce qui est monstrueux/anormal/répugnant pour certains ne l’est pas pour d’autres) et sur le champ des possibles qu’elle ouvre (un monstre peut être une maladie psychiatrique, un tabou, une situation de crise, une phobie, une catastrophe naturelle, un marginal etc.). Dans Antichrist de Lars Von Trier ou Tideland de Terry Gilliam par exemple, la personnification d’une nature malveillante sublimée positionne le spectateur dans une forme d’inconfort exaltant qui permet de relayer à l’écran de manière percutante et stimulante la question du trouble mental, de la souffrance. Est ainsi échafaudé un tremplin idéal cathartique qui permet au spectateur réceptif de prendre du recul et de revoir ses préjugés.